Un sourd qui entend

Comment un sourd entend la musique pour la première fois.

Je vient de trouver un article qui donne un témoignage fascinant et émouvant sur l’expérience d’un sourd qui découvre la pleine richesse du monde sonore grâce à ses nouvelles aides auditives :

“ Austin Chapman est né sourd. Les aides auditives allégeaient la vie en peu, mais la musique, dans toute sa richesse, restait inaccessible.

Chapman dit : “Je ne pouvais pas la comprendre. Toute ma vie je voyais les gens se comporter bizarrement en chantant leurs chansons préférées ou bien en dansant. Je voyais des gens se mettre à pleurer en écoutant à la musique. Pour moi, c’était parmi les choses les plus durs à comprendre”.

Mais cela c’est changé après que Chapman s’est procurée sa nouvelle aide auditive (Phonak’s Naida S Premium) il y a un mois. Tout à coup :
“La première chose que j’ai entendu était mes chaussures qui frottaient le tapis. Cela m’a abattu. Je ne les ai jamais entendu et, dans mon ignorance, j’assumais que personne ne les entendait non plus.

Là, chez mon docteur, j’étais attaqué par une cacophonie des sons. Le vrombissement de l’ordinateur, le bourdonnement du ventilo, le claquement des touches du clavier… et quand mon meilleur ami est entré dans le cabinet, j’étais surpris d’entendre un grincement dans sa voix. Il plaisantait qu’un bon moment est peut-être venu pour aller plus doucement sur le tabac.

Le soir, des amis proches initiaient mon éducation musicale en me faisant entendre Mozart,  Rolling Stones, Michael Jackson, Sigur Ros, Radiohead, Elvis, et d’autres légendes musicale.

Entendre la musique pour la première fois était irréel.

Quand j’écoutais Lacrimosa de Mozart, j’étais bouleversé par sa beauté. À un moment donné, la musique résonnait comme si c’était les anges qui chantaient et il m’est venu à l’esprit que c’était la première fois jamais que j’appréciais la musique. Je commençais à pleurer et j’essayais de le dissimuler, mais en regardant les visages des mes amies, je voyais qu’il n’était pas un seul œil sec dans la voiture.”
En suivant le lien, vous pouvez entendre Lacrimosa à nouveau. Écoutez. Posez-vous la question : comment cette musique résonnait, comment elle me ferait sentir,  si je ne pas écoutais à la musique tout ma vie?

J’ai le fait tout à l’heure et j’avoue que j’étais émue autrement,que la musique m’a touché dans les couches “oubliées” ou inaccessibles de ma conscience. Et vous, que sentirez vous ?

Chapman s’est plongé à l’écoute de toutes ces nouvelles choses, surtout dans la découverte de la musique. Il a trouvé beaucoup des chansons qui lui donnaient envie d’être ré-écoutées encore et encore, surtout les chansons mélodieuses et calmes, la musique du groupe islandais Sigur Rose parmi ses premiers favorites, le champion absolue étant la musique classique qu’il définit comme “le genre le plus beau”.

C’est aussi notable qu’avec toutes les nouvelles choses à entendre, Austin se rend compte que “c’est assez drôle, mais je débranche mes aides auditives beaucoup plus souvent qu’auparavant. Il y a beaucoup de sons ennuyeux. Quand je débranche mon aide auditive, mes pensées deviennent plus claires et je me trouve dans la paix”.

* À lire l’article entier (en anglais) sur Austin Chapman : http://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/08/what-its-like-for-a-deaf-person-to-hear-music-for-the-first-time/260890/

La dernière observation de Chapman est remarquable.

Qu’est ce que nous faisons nous quand nous sommes fatigués des sons autour de nous ? On ne peut pas “débrancher” l’ouï de la même manière qu’Austin et qu’est-ce qu’on fait alors ? Avons-nous le pouvoir de reposer notre audition ?

Quand on est fatigué aux yeux, on les ferme, c’est facile et naturel.

On ferme l’oreille aussi, cela on fait intuitivement en excluant l’ouï de la prise de conscience. Autrement dite, on écoute sans entendre. On s’enfiche des frottements des chaussures, des claquements des touches et des bourdonnements des ventilos.

À la limite, on peut se donner une permission sous-consciente de ne plus entendre du tout (J’ai tout entendu. Je ne veux plus entendre toutes ces bêtises…) et cela, à mon avis, reste la cause primaire de la perte graduelle d’audition, par exemple à l’âge avancé.

Cela n’est quand-même pas désirable. Il y a toujours pas mal des choses que l’on veux et dont on a besoin d’entendre, mais l’audition qui ne s’entraine plus, commence à patiner dans tous les domaines.

Le témoignage de Chapman donne une très bonne indication comment faire quand on est fatigué de l’écoute. On peut le faire sans “débrancher l’audition”, bien au contraire, en l’aiguisant. Ce qu’Il faut, c’est de chercher et de s’accrocher au son qui est toujours présent, même dans les entourages les plus bruyants, – le silence ; un son sur lequel on peut toujours reposer l’oreille.

Or, à part de la paix intérieure et de clarté de la pensée, les découvertes encore plus étourdissantes nous attendent lors qu’on discerne le silence parmi les bruits qui nous attaquent et le met en résonance avec notre silence intérieur.

1 Comment

  • Jaly 2

    mars 14, 2014

    Oui,la musique de Mozart m’émeut beaucoup. Celle-ci particulièrement.J’aime.
    Merci kATJA

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