Bonjour,

Je vous écris rarement pour vous raconter ma vie, c’est vrai.

Mais aujourd’hui, j’ai envie de partager une petite histoire. Enfin… pas si petite.

Il s’agit de mon piano. Et d’un accordeur.

J’en ai cherché un pendant des semaines.

Les bons accordeurs sont rares. Très rares. C’est presque comme chercher un re dièse grave dans une fanfare débutante…

Et puis, un jeune homme s’est présenté. Sympathique, ponctuel, une petite entreprise, tout semblait parfait.

Mais dès que j’ai vu qu’il utilisait une machine pour accorder, j’ai eu un pincement.
Je ne dis pas que c’est mal.

Il m’a expliqué que le piano avait baissé en fréquence après le démenagement, et qu’il fallait d’abord le remonter. OK.

Mais je l’ai observé.

Il ne jouait pas avec les intervalles.

Il n’écoutait pas les octaves.

Il ne cherchait pas l’équilibre des quintes.

Il suivait la machine.

Et pas une vieille. Un logiciel avancée sur son iPad, oui.
Mais une machine, quand même.

Quand il a terminé, j’ai joué.
Et je me suis dit : “Bon, c’est pas si mal.”

Mais après son départ, j’ai essayé une octave grave, une quinte à l’aigu, et là… non.
Il n’y avait pas d’harmonie.

Comme deux cordes de guitare qui se ressemblent, mais ne chantent pas ensemble.

Et puis, les jours suivants, j’ai senti autre chose.
Le spectre du piano avait changé.

Le son était devenu trop perçant, trop métallique.

Il n’y a plus de profondeur, plus de chaleur (c’est notamment pourquoi j’ai choisi à l’époque d’acheter cet instrument).

Les graves sont étouffés.

Les aigus trop criards.

Et surtout : Je remarque que je n’ai plus envie de le jouer. D’habitude je pianotte un peu chaque fois que je suis à côté, plusieurs fois par jour.

Mais mon piano ne m’appelle pas aujourd’hui.

Je joue, oui, je pratique, mais toujours avec le modérateur.

Le son sans modération me semble … plastique.

Et ça m’a frappée encore une fois.

Un bon accordeur, ce n’est pas quelqu’un qui aligne des fréquences.

C’est quelqu’un qui fait résonner l’âme de l’instrument.

Quelqu’un qui crée une harmonie entre les sons.

Une invitation à jouer.

Un lien entre la matière et l’esprit.

C’est bien pour ça qu’un Stradivarius coûte le prix d’un manoir… alors qu’un violon sorti d’une chaîne de production chinoise se trouve facilement pour une trentaine d’euros.

C’est comme si ces nouvelles méthodes d’accordage oubliaient quelque chose de fondamental :

L’écoute intérieure.

Le goût du timbre.

La chaleur du son.

Et je repense à tous ces jeunes qui écoutent aujourd’hui leurs morceaux en MP3 accélérés, en double vitesse.

Et qui, quand ils entendent une voix normale, s’ennuient.

Comme si tout ce qui prend son temps devenait insupportable.

Ce jeune accordeur était gentil.

Mais il n’écoutait pas vraiment.

Il suivait les chiffres.

Donc je constate : l’instrument est accordé — à peu près, car les octaves flottent avec nonchalance, l’une dans un tempo, l’autre dans un autre…

Mais bon, l’oreille ne se tord pas de fausseté flagrante.

Pourtant, tout compte fait, mon Petroff ne sonne plus vrai.

Il est temps que je trouve un “vrai” accordeur. Dans trois mois, maximum. Un qui accorde aussi avec son oreille et son cœur.

Voilà. C’était mon histoire du jour.

Et vous, est-ce qu’il y a un instrument, un son, un objet, qui vous appelle encore ? Ou qui ne vous appelle plus ?

À bientôt,
Katja Keller

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