Bonjour,
Vous avez sans doute entendu parler de la théorie des trois types de perception : le visuel comprend le monde en le regardant, l’auditif en l’écoutant, le kinesthésique en le touchant.
Une idée séduisante. Mais si vous y réfléchissez un instant, vous remarquerez quelque chose de curieux : notre civilisation a fait son choix il y a longtemps. Et ce choix, c’est l’œil.
Les écrans, les panneaux, les schémas, les interfaces, les cartes, les graphiques, tout est conçu pour être vu. On nous apprend à lire, à observer, à décoder des images. L’école commence par les lettres et les couleurs. L’oreille ? Elle est là, quelque part, en arrière-plan. Elle fonctionne. On ne s’en occupe pas.
C’est étrange, quand on sait comment les choses se passent dans la nature.
Observez un chat qui se prélasse au soleil dans le jardin. Les yeux fermés, le corps complètement relâché. On pourrait croire qu’il dort. Mais lancez quelque chose dans sa direction, il aura disparu avant que l’objet ne touche le sol. Les yeux fermés, oui. Mais les oreilles, elles, n’ont pas cessé de travailler une seule seconde. Elles scannent l’espace à 360 degrés, elles calculent la distance, la vitesse, la direction. Pour un chat, comme pour la plupart des mammifères, les yeux sont un luxe. L’oreille est une nécessité.
L’oreille humaine est capable d’exactement la même finesse. Simplement, on ne lui en donne pas l’occasion. Ou plutôt, on ne lui donne pas l’attention. Les personnes non voyantes le montrent bien : au Danemark, on leur propose depuis des années de devenir accordeurs d’instruments, et ils sont reconnus comme les meilleurs dans ce métier. Leur attention, n’ayant plus les yeux pour se disperser, fait ce que l’oreille a toujours su faire.
Mais alors, faut-il fermer les yeux pour ouvrir les oreilles ?
Non. Il suffit de regarder comment l’oreille s’éveille chez ceux qui l’ont développée naturellement. Et là, on retrouve presque toujours le même scénario : un enfant qui grandit dans une maison où il y a un instrument accordé, de la musique qui revient jour après jour. Ses oreilles reçoivent quelque chose de rare dans notre monde saturé d’images. De l’attention. Régulièrement. Tranquillement. Et un jour, l’oreille s’ouvre.
Nos yeux reçoivent énormément de cette attention. Nos oreilles l’attendent encore.
Bon week-end de Pâques,
Katja Keller